UN PROJET REGIONAL D'INTERCONNEXION POUR LE CONFORTEMENT ET LA SECURISATION DE L'ALIMENTATION EN EAU DE L'EST VAROIS ET DE L'OUEST DES ALPES-MARITIMES

Les départements du Var et des Alpes-Maritimes ont été, il y a une quarantaine d'années, parties prenantes dans la création de la réserve de Saint-Cassien, qui a jusqu'à présent garanti l'approvisionnement en eau, pour tout ou partie, de la trentaine de collectivités concernées.

Mais les évolutions démographiques, ainsi que la sécheresse de l'été 2003, ont mis en évidence la nécessité de la mise en oeuvre d'une nouvelle étape :

pour l'Est du Var, le développement rapide des besoins conduit à envisager un risque de pénurie prochaine de la réserve disponible dans Saint-Cassien pour le Var

pour l'Ouest des Alpes-Maritimes, les risques climatiques pouvant affecter les autres ressources et les impératifs de sûreté conduisent à rechercher la mobilisation de débits supplémentaires, au-delà des valeurs conventionnelles sur Saint-Cassien.

Face à ces enjeux, la mobilisation de la ressource Verdon constitue une solution durable. Depuis le Verdon, le Canal de Provence se développe dans le Var en direction de Saint-Maximin et du littoral varois, tant à l'Est qu'à l'Ouest de Toulon : il ne reste qu'à le prolonger par une adduction de 75 kms environ, jusqu'à la plaine de Fréjus.

Outre une diversification des ressources, cette interconnexion apportera à l'Est Varois la sécurisation qualitative et les volumes complémentaires nécessaires à son développement. Mais elle permettra aussi de limiter les prélèvements sur Saint-Cassien destinés au Var : une partie du stock constitué pour le Var, et du débit qui lui est associé, pourront alors être mis à disposition des collectivités des Alpes Maritimes, et assurer ainsi les garanties de sûreté d'approvisionnement en eau qu'elles recherchent.

La Société du Canal de Provence propose d'engager cette réalisation au plus tôt dans le cadre de sa concession d'Etat. Le financement à mobiliser est de l'ordre de 41 M€ HT. La mise en service de cet ouvrage structurant peut être assurée pour l'horizon 2008 dans la mesure où une décision positive serait prise d'ici la fin de l'année 2004.

SAINT-CASSIEN ET SA ZONE D'INFLUENCE

Depuis 1965, la retenue de Saint-Cassien a permis de sécuriser l'alimentation en eau de l'Est Varois et de l'Ouest des Alpes-Maritimes. Les conditions de constitution et d'utilisation des volumes de cette retenue sont définies par décrets et par conventions d'application entre les bénéficiaires et EDF, en charge de la gestion de l'ouvrage qui a également des objectifs de production énergétique. Chacun des deux départements dispose d'un stock de 10 Mm3, constitué au 1er juin de chaque année dans la retenue afin d'assurer les dessertes d'été, qui concernent notamment :

Est du Var

Dessertes rurales des plaines du Bas Argens et du Reyran
Alimentation des unités de potabilisation du Syndicat des Eaux du Var Est (SEVE)
Alimentation des communes de la Dracénie

Ouest des Alpes-Maritimes

Desserte du Syndicat Intercommunal des Canaux de la Siagne et du Loup (SICASIL)
Alimentation des communes limitrophes

Voir carte

Dans la réserve de Saint-Cassien, les fournitures pour l'alimentation en eau potable sont aujourd'hui majoritaires, et elles progressent régulièrement. Voir répartition entre les divers usages.

Considérant notamment l'essor démographique observé au cours des trois dernières décennies, ainsi que le développement des activités touristiques estivales, les études prospectives établies par le SEVE en 2003 retiennent des hypothèses d'évolution de l'ordre de 1.5% par an pour les vingt prochaines années : il en résultera donc une pression croissante sur la ressource Saint-Cassien.

Les prélèvements effectués pendant l'année 2003 permettent de mieux apprécier les marges aujourd'hui disponibles sur Saint-Cassien. Voir ces prélèvements. Ces marges ne sont désormais que de l'ordre de 30%, c'est à dire relativement faibles :

en cas de conditions climatiques très "défavorables", qui se traduiraient par un remplissage insuffisant de Saint-Cassien si les précipitations étaient anormalement basses en hiver et au printemps, ou par des consommations particulièrement élevées en été.

eu égard aux délais nécessaires à la mise en place d'un renforcement efficace vis-à-vis des besoins de moyen et long terme.

DES RESSOURCES SUPPLÉMENTAIRES A MOBILISER POUR LES DEUX PROCHAINES DECENNIES

En 2002-2003, ces données ont été actualisées par les différents maîtres d'ouvrage concernés, et les résultats et conclusions en ont été validés fin 2003 :

Sur l'Est Varois, un volume complémentaire de l'ordre de 6 Mm3 correspondant aux débits supplémentaires suivants :

pour les installations de production d'eau potable du SEVE : un débit de l'ordre de 500 l/s, pour, d'une part, compléter l' alimentation de l'Usine du Fournel et, d'autre part, desservir une nouvelle usine du Syndicat,

pour les installations de production d'eau potable de la Dracénie : une centaine de l/s supplémentaires,

pour faire face aux évolutions des dessertes rurales en eau brute de l'infrastructure Est Var de la Société du Canal de Provence : un débit d'environ 150 l/s.

Soit un débit supplémentaire de l'ordre de 750 l/s. Le débit autorisé sur Saint-Cassien (soit 2 250 l/s) reste supérieur au débit de pointe prévisible, mais les dotations conventionnelles actuelles seront insuffisantes en volumes.

Sur l'Ouest des Alpes-Maritimes, un volume complémentaire de 2.5 Mm3 dans Saint-Cassien pour répondre aux deux préconisations du Schéma Départemental AEP 06 :

renforcement des ressources déjà mobilisées, à hauteur de 1 Mm3 en pointe (juillet -août),

diversification des ressources pour conforter la sûreté d'approvisionnement, grâce à un volume stocké, à hauteur de 2.5 Mm3 et associé à un débit de 700 l/s, afin de pouvoir gérer un incident potentiel de durée limitée (15 jours).

Le tableau ci-après récapitule les besoins à l'horizon 2025 du territoire concerné, et permet de les comparer aux ressources disponibles sur Saint-Cassien.

EN CONCLUSION :

Globalement (Var + Alpes-Maritimes),

le complément annuel de ressource à mobiliser sera de l'ordre de 10 Mm3 (8.5 Mm3) dont la moitié, soit 5 Mm3, en période estivale.

Un transfert du Verdon vers l'Est Varois, à hauteur de 700 l/s en continu, est donc adapté pour assurer la constitution de ce volume supplémentaire de 10 Mm3, et en particulier l'apport des 5 Mm3 nécessaires pendant la période estivale critique.

UNE SOLUTION ADAPTÉE: L'INTERCONNEXION DES RESSOURCES VERDON ET SAINT-CASSIEN

Grâce à une adduction amenant l'eau du Verdon jusqu'à la plaine de Fréjus, les dessertes de l'Est Varois se trouveraient durablement sécurisées et confortées, compte tenu de la capacité non limitante de cette ressource.

Le dimensionnement proposé de cette interconnexion, à hauteur de 700 l/s, permettra de satisfaire les besoins de l'est varois pour les deux prochaines décennies. Mais il permettra aussi de ne solliciter que partiellement la réserve varoise constituée dans Saint-Cassien, rendant ainsi disponible pour les Alpes-Maritimes les volumes complémentaires et les débits associés qui leur sont nécessaires.

De longue date, de nombreux schémas techniques alternatifs ont été examinés, dont les deux plus intéressants, notamment en terme d'adéquation vis-à-vis de l'évolution des besoins, sont les tracés dits " Centre Var " et " Dépression Permienne ".

Voir carte

UN DISPOSITIF TECHNIQUE PERMETTANT D'ADAPTER LA CAPACITE DE TRANSFERT A L'EVOLUTION PROGRESSIVE DES BESOINS

L'infrastructure hydraulique de transfert de la ressource Verdon sera constituée, sur 75 kms environ, d'une adduction reliant l'ouvrage Canal de Provence aux réseaux existants sur l'Est Varois.

Sur la base des besoins définis pour les deux prochaines décennies, le diamètre de l'adduction serait de 700 mm.

Les deux tracés dits "Dépression Permienne" et "Centre Var" sont globalement comparables, le deuxième présentant toutefois l'avantage de permettre le transit gravitaire d'un débit plus élevé.

A titre d'illustration, le schéma ci-dessous permet de visualiser, pour le tracé " Centre Var ", les conditions de fonctionnement hydraulique.

Voir schéma

ce tracé a son origine sur le Canal de Provence, vers Saint-Maximin pour rejoindre le réservoir existant de Castelar, en basse vallée de l'Argens.

le schéma hydraulique permet, compte tenu de la topographie des zones traversées, un fonctionnement en gravitaire jusqu'à environ 350 l/s.

Un pompage d'appoint sera nécessaire lorsque les débits évolueront vers les valeurs de plus long terme (700 l/s), notamment en période de pointe. et deux surpresseurs seront, le moment venu, installés sur l'adduction.

les réseaux actuels sur l'Est Varois, moyennant des aménagements mineurs, pourront indifféremment être alimentés par les ressources Verdon ou Saint-Cassien.

UNE GESTION COORDONNÉE ET OPTIMISEE DES RESSOURCES VERDON ET SAINT-CASSIEN

"L'adduction Verdon" sera utilisée en priorité pour la desserte des réseaux et des alimentations urbaines actuelles et futures sur le Bas Argens.

La retenue de Saint-Cassien assurera essentiellement l'alimentation de l'usine de potabilisation SEVE Gargalon, et pourra, si nécessaire, en pointe, compléter celle de réseaux de la plaine de Fréjus.

Grâce à ces modalités globales et coordonnées de fonctionnement, la ressource Verdon permet de limiter l'appel à la ressource Saint-Cassien pour l'Est Varois, et de réserver ainsi un volume supplémentaire, mis à disposition des Alpes-Maritimes.

Voir carte

Cette gestion coordonnée ne nécessite que quelques aménagements ponctuels pour que l'infrastructure actuelle puisse fonctionner avec l'une ou l'autre des ressources, en cas d'incident, compte tenu des maillages existants et de leurs capacités de transit. Cette opportunité s'avère particulièrement intéressante pour optimiser la gestion d'ensemble de la qualité des eaux, en particulier lorsqu'elles sont destinées à être potabilisées : en effet, il sera alors aisément possible de maîtriser, par exemple, les variations temporaires de turbidité qui peuvent résulter de précipitations intenses survenant en périodes de basses eaux sur la retenue de Saint-Cassien.

EN CONCLUSION: UN SCHEMA HYDRAULIQUE EVOLUTIF QUI PERMET :

Le phasage de la réalisation et des investissements en adéquation avec l'évolution des besoins
Une gestion optimisée et sécurisée des ressources

PHASE 1

Mise en place d'une adduction reliant l'ouvrage Canal de Provence à l'infrastructure existante sur l'Est Varois, (réserve de Castelar) la liaison fonctionne en gravitaire jusqu'à un débit transité de 350 l/s

Est varois :

l'usine de potabilisation SEVE-Gargalon reste alimentée par St Cassien, ainsi que les réseaux de la Vallée du Reyran

la ressource Verdon, via le réservoir de Castelar, assure, à hauteur des volumes nécessaires et selon la période de l'année l'alimentation des autres ouvrages de l'Est Varois

les usines du SEVE peuvent être secourues par la ressource Verdon, via les ouvrages existants

Ouest des Alpes Maritimes :

un volume (1,3 Mm3) est mis à disposition dans St Cassien

Travaux à réaliser :

prise sur l'ouvrage Canal de Provence

canalisation en diamètre 700, sur environ 75 km

raccordement au réservoir existant de Castelar et aménagements ponctuels mineurs

Enveloppe prévisionnelle des investissements (valeur fin 2003) : 41 M€ HT


PHASE 2

Les débits à transiter évoluent, jusqu'à doublement de 350l/s à 700l/s

Mise en place de surpresseurs sur l'adduction de transfert, (utilisés en période de pointe ou plus largement sur l'année).

Est varois :

les débits et volumes mis à disposition, en complément ou en sécurisation, sont doublés

Ouest des Alpes Maritimes :

le volume mis à disposition dans St Cassien est doublé (2,5 Mm3)

Travaux à réaliser :

mise en place de surpresseurs sur la conduite en dia 700 aménagements ponctuels mineurs

Enveloppe prévisionnelle des investissements (valeur fin 2003) : 5 M€ HT


A PLUS LONG TERME

L'importance de la ressource mobilisable sur le Verdon permettra d'assurer les renforcements du transfert vers l'Est Varois, au fur et à mesure du développement des besoins.


Mis en ligne sous format html le 16/09/2006 par Pierre Ratcliffe. Contact: (pratclif@free.fr)