Dans l'Est du Var la ressource en eau
est exploitée par deux opérateurs, SCP et E2S,
cette dernière servant le canton de Fayence.
Deux exploitants opérent sur le canton de Fayence: la Société d'économie mixte E2S, filiale de la Société générale des eaux, contrôlée par le Conseil général et présidée par le conseiller général du canton François Cavallier; et la Société d'économie mixte du Canal de Provence contrôlée par le Conseil régional et présidée par son président Michel Vauzelle. Pour faciliter votre recherche dans ce site, lire le texte de présentation de la SCP par son Directeur Général Michel Jean en 2002.
SCP et E2S sont des sociétés de taille très différente, un géant et un nain. SCP exploite un énorme réseau et sert un très grand nombre d'abonnés - distributeurs d'eau, industriels et agricoles - dans la région PACA toute entière, notamment à partir des eaux de la Durance et du Verdon, et chez nous du lac de St Cassien. E2S est un petit exploitant de dimension locale, prélevant l'eau des sources de la Siagnole (d'origine karstique) et la distribuant par un réseau restreint à un petit nombre d'abonnés qui y sont raccordés - communes, agriculteurs et quelques particuliers non raccordés aux réseaux communaux.
E2S
E2S exploite une ressource en eau de l'Est-Var qui est connue depuis les romains: l'eau de la source de la Siagnole. C'est une eau d'origine karstique. Elle est distribuée par gravité à 7 communes du canton de Fayence (Fayence, Mons, Tourrettes, Callian, Montauroux, Seillans, St Paul en Forêt), à Bagnols en Forêt, au Syndicat des eaux l'Est Var (SEVE), à des agriculteurs du canton et à quelques particuliers groupés en associations qui ne sont pas raccordés aux réseaux communaux (les communes continuent de développer leurs réseaux et le nombre de ces particuliers devrait diminuer).
Pour l'essentiel, le réseau E2S de la Siagnole est un réseau de distribution par gravité - seule Mons pompe l'eau depuis la source de Siagnole jusqu'à ses réserves situées en amont du village en montant vers la RN85). Cela veut dire que ce sont les consommateurs les plus proches de la source qui ont la plus grande sécurité d'approvisionnemment. Ce sont par ordre, Mons, Callian, Tourrettes, Fayence; viennent ensuite Montauroux, Seillans, St Paul en Forêt et en fin de distribution Bagnols en Forêt, les Adrets de l'Esterel, le SEVE et le camp militaire de Fréjus. L'implication du SEVE dans le réseau d'E2S résulte du fait que la consommation des 7 communes du canton est très inférieure au prélèvement total, en moyenne annuelle - mais ce n'est pas le cas en été quand le débit des sources est minimum - et cela permet à E2S d'amortir ses investissements techniques sur un plus grand nombre de consommateurs.
Les communes assurent l'alimentation en eau potable de leurs habitants (AEP). L'eau qui leur est distribuée par E2S est mise en réserve dans des réservoirs de volume 600-800m3, puis elle est rendue "potable" par chloration. Les communes distribuent l'eau et la vendent à leurs administrés, via le réseau de distribution communal - réservoirs, conduites, compteurs. Ces réseaux sont encore en cours de développement dans la plupart des communes. Il y a seulement un quartier du canton non alimenté de cette manière, les Esterets du lac à Montauroux, dont l'alimentation en eau potable est assurée par une unité de potabilisation de l'eau du lac de St Cassien. E2S distribue aussi l'eau aux agriculteurs et aux particuliers non encore raccordés aux réseaux communaux. L'ensemble des abonnés du canton - 7 communes + agriculteurs et particuliers - represente environ 54% de l'eau distribuée. Les 46% - autres abonnés - sont: la commune des Adrets de l'Esterel, le syndicat des eaux de l'Est Var (SEVE) et le camp militaire de Fréjus; l'eau est distribuée via la conduite qui longe le lac de St Cassien côté Est; cette conduite est enrichie des eaux du forage de la Barrière..
Pour la Siagnole, potable est entre guillemets, car c'est un développement récent imposé par une directive de la commission européenne. L'eau de la Siagnole est pratiquement une eau de qualité minérale comme l'indique cette analyse. La présence de contaminants d'origine fécale est très inférieure à la norme haute. L'origine est probablement la présence de bétail sur le trajet de l'eau - la totalité du réseau de distribution est couvert - mais c'est ce qui justifie le traitement par chloration. Les rapports sur la qualité de l'eau publiés par E2S notent l'absence de plomb.
Voir article sur la qualité de l'eau
Bon an mal an, le prélèvement de la Siagnole par E2S est d'un peu moins de 10 millions de m3/an, et ce prélèvement est grossomodo constant en moyenne annuelle, sauf variation météorologique ou climatique importante; en effet il s'agit d'une eau d'origine karstique. En hiver le prélèvement est plus élevé mais la consommation est moindre et une partie de l'eau est déversée dans la Camiole; en été le prélèvement est plus faible mais la consommation est plus élevée. 8.5 millions de m3/an sont distribués dont 14% aux agriculteurs et particuliers non raccordés aux réseaux des communes et 83% à 8 communes (7 communes du canton hors Tanneron plus Bagnols en Forêt) plus le syndicat des eaux de l'Est Var (SEVE) - via la conduite qui longe le lac côté Est et descend vers Fréjus et l'usine SEVE située à côté de l'autoroute au niveau de la sortie du Muy- plus le camp militaire de Fréjus. Voir les abonnés en 2004. Le coût d'exploitation est de l'ordre de 0.10€/m3.
Les communes disposent de réserves disposées en divers endroits. C'est là que se fait la chloration. Le volume des bassins de l'ordre de 600-800m3 permet d'assurer pression et débit continus aux abonnés. La source de la Siagnole a un débit fini, maximum en hiver (de l'ordre de 2m3/s (7200m3/h), minimum au plus fort de l'été (100l/s d'après les sources DIREN, soit 360m3/h); au plus fort de l'été, compte tenu de la population accrue, la demande maximum des abonnés serait de l'ordre de 450l/s; on voit donc que le débit de la Siagnole est insuffisant. E2S doit aussi assurer un débit minimum de la Siagnole en aval du prélèvement. En ce qui concerne les ressources de SEVE, celles-ci sont augmentées du forage de la Barrière qui a été réalisé pour un débit maximum de 100l/s. Comme les 8 communes, les agriculteurs et particuliers non raccordés aux réseaux communaux, servis par E2S consomment environ 40% de l'eau prélevée à la Siagnole (le reste étant consommé par les Adrets, SEVE et le camp militaire de Fréjus), il semblerait qu'il existe une marge pour augmenter l'alimentation en eau du pays de Fayence. Mais c'est le débit estival à l'étiage de la Siagnole qu'il faut prendre en compte car il constitue le facteur limitatif; comme indiqué plus haut ce débit n'est que de 360m3/heure (0.1m3/sec). C'est pourquoi certaines communes (notamment Seillans, Fayence, Montauroux) tentent de capter des sources d'eau en aval de la Siagnole pour compléter leur AEP en été.
Beaucoup d'habitants et de propriétés ont creusé des forages pour disposer d'eau en quantité illimitée pour l'arrosage. Ces forages particuliers relèvent de la loi sur l'eau et ne sont donc pas restreints. Dans la plaine à Fayence, le Colombier, l'eau commence à être trouvée à 80m et les forages sont creusés à 130m de profondeur, c'est à dire à la cote 230-130=100m.
Dans cette situation, il est compréhensible qu'à plus ou moins long terme, des pénuries d'eau soient inévitables l'été, même sans sécheresse particulièrement sévère, vu la croissance de la population et des emplois de l'eau pour l'agriculture maraîchère, l'arrosage des jardins potagers et des pelouses, alors que la source d'eau est limitée à 10 millions de m3/an, avec un minimum l'été de 360m3/heure. Il faut donc partager cette eau en faisant appel au civisme de chacun, car les réseaux des communes se prêtent mal à des coupures autoritaires. Le plan sécheresse du préfet du Var doit être appliqué. Voir ce plan. Et voir ici les débits moyens de la Siagnole en 2006-2007. Par ailleurs, il serait difficile à comprendre que des restrictions d'eau s'appliquent un jour à ceux qui sont raccordés au réseau E2S alors que ceux qui prélèvent dans une ressource collective ne soient pas concernés, parce que la source serait dans leur propriété privée.
Si des restrictions d'eau devaient se généraliser, elles devraient s'appliquer à tous les utilisateurs, aussi bien ceux qui prélèvent leur eau par forages dans des karsts en aval des sources de la Siagnole, ou dans la nappe phréatique de la plaine, que ceux qui la prélèvent dans le lac de St Cassien - SCP pour SEVE et SICASIL, domaine de Terra Costa à Fayence, Golfs de Terre-Blanche; car c'est en définitive la même eau, provenant des mêmes formations géologiques, - les karsts du jurassique du piémont des Alpes... Siagnole de Mons, Siagne, lac de St Cassien, forage de la Barrière, plaine alluviale, demain le captage de la source du Tuve, qui alimente tout le monde. La population touchée directement en premier par les pénuries d'eau ne comprendrait pas qu'ils soient les seuls à devoir se restreindre.
SCP
La SCP exploite l'eau du lac de Saint-Cassien, par décision ministérielle au moment de la création du lac. Plus difficile à potabiliser, l'eau du lac n'est pas consommée en eau potable dans le canton (saut aux Esterets du lac). La qualité de l'eau de St Cassien est cependant bonne comme le montre le tableau d'analyses suivant (source SCP). Il faut noter que l'eau du lac St Cassien est aussi pour grande partie, d'origine karstique et de bonne qualité. Un premier captage de la Siagne est fait très en amont pour alimenter l'ouest des Alpes Maritimes par un canal à l'air libre; le captage de la Siagne, grossie du débit résiduel de la Siagnole, pour le lac St Cassien, est fait en aval du pont de Tuve sur la commune de Montauroux. L'eau est amenée par un canal couvert. Vu les besoins de la région en eau potable de qualité, la progressive raréfaction de l'eau, les sécheresses répétées des étés récents, le tout dans un contexte d'accroissement de la population et de pression migratoire (croissance de la population dans la région Est Var et Ouest Alpes Maritimes depuis plusieurs décennies), l'eau de la retenue de St Cassien est aujourd'hui jugée insuffisante; elle est principalement d'usage potable et agricole, et la production d'électricité est devenue minoritaire. Voir répartition des usages.
Le projet de la SCP d'amener l'eau du Verdon de la retenue du lac de Ste Croix vers l'Est Var par une conduite de 700mm avec un débit de pointe de 720l/s paraît donc logique. Il s'agit d'un projet régional d'interconnexion pour conforter et sécuriser l'alimentation en eau de l'Est du Var et de l'Ouest des Alpes-Maritimes. L'objectif est de permettre une meilleure utilisation de la réserve de St Cassien. Il est regrettable cependant que la possibilité d'un quota de prélèvement pour le pays de Fayence ne soit pas évoquée dans le document descriptif du projet de SCP. Voir le paragraphe en question.
Les cartes suivantes produites par le service hydrologie du Conseil général du Var illustrent bien la situation de l'eau dans le Var et dans le canton de Fayence en particulier. Voir ces cartes.
Selon le CG F.Cavallier, l'eau de la SCP est vendue entre trois et quatre fois plus cher que celle vendue par E2S (entre 0.5 et 0.6€/m3 pour la SCP, contre un prix moyen de 0,15€/m3 pour E2S). Mais cette différence de coût est due à une différence énorme entre les deux sociétés, E2S exploite la source de la Siagnole sur une zone restreinte, tandis que SCP doit assurer la disponibilité d'eau de toute la région principalement à partir de la réserve du Verdon. Les tarifs de SCP sont forcément plus élevés que ceux d'E2S en raison d'infrastructures très importantes à entretenir et à développer, tandis qu'E2S en a très peu. E2S peut vendre au coût d'exploitation, tandis que SCP vend au coût marginal.
Voir principes de tarification de la SCP, et l'article plus approfondi suivant de la SCP sur la tarification au coût marginal. Voir aussi la modification de tarification de l'eau en 2006 de la communauté d'agglomération Fréjus St Raphaël, en raison de la raréfaction de l'eau.
Selon mes données voici quelques tarifs indicatifs recueillis ci et là.
L'utilisation de l'eau de la réserve de St Cassien est fixée par une convention entre EDF et la SCP qui date de la création du lac artificiel. Les droits de prélèvement d'eau sont ainsi de 10 millions de m3 pour EDF, 25 millions de m3 pour la SCP dont 15Mm3 pour l'approvisionnement de l'Est du Var, et 10Mm3 pour les Alpes Maritimes via le SICASIL (syndicat intercommunal des communes alimentées par les canaux de la
Siagne et du Loup). Les prélèvements réels varient chaque année en fonction de l'alimentation du lac, des conditions climatiques, et des besoins des consommateurs, notamment en période de pointe correspondant à la fréquentation touristique l'été. Au cours de l'année 2006, en raison de la croissance des consommations depuis des années et des conditions climatiques, l'insuffisance de la réserve de St Cassien s'est confirmée. De fin avril à début septembre (4 mois) la pluviosité a été quasiment nulle; le niveau du lac a baissé d'environ 6m ce qui pour une surface de plan d'eau de 430 hectares, correspond à environ 2.6 millions de m3 pour 4 mois d'été. Ceci s'est ajouté à l'alimentation du lac par la prise de la Siagne et le débit de la Camiole et du Biançon. Je ne connais pas les débits correspondants car seuls les volumes d'eau prélevés par SCP permettent de les estimer avec précision. En supposant un débit moyen de 500l/s, ce qui correspond à 5.2 millions de m3 en 4 mois de période de pointe, le prélèvement total aurait donc été de l'ordre de 7.8 millions de m3.
Pour l'ensemble de l'année 2004, les volumes d'eau prélevés ans le lac de St Cassien sont indiqués par le Conseiller général dans son bulletin de décembre 2005. Il s'agit de chiffres officiels qui ont pour source la DRAF, la SCP, EDF, le Conseil Général et la DDAF. Selon ces données le prélèvement total du lac en 2004 a été de 18.9 millions de m3. Voir tableau.
Des données de SCP pour l'année 2003, issues du document sur le projet de liaison canal de Provence-Fréjus, et concernant seulement les prélèvements pour l'Est Var, sont les suivantes. Le total prélevé pour Est Var a été de 10.2 millions de m3 en 2004 selon le bulletin du CG contre 10.7 millions de m3 en 2003 année plus sèche.
En ce qui concerne E2S sur le canton de Fayence, les statistiques des prélèvements pour 2003 et 2004 sont indiquées ci-après (source rapports E2S). On voit qu'il y a environ 1.4 millions de m3 distribués aux agriculteurs et aux particuliers non raccordés aux réseaux des communes; soit environ 1.2 millions de m3 aux agriculteurs situés prinipalement dans la plaine. Ces volumes ne pourraient-ils pas être prélevés dans le lac de St Cassien? ce qui libérerait autant de volume pour les communes et l'alimentation en eau potable (AEP).
La gestion d'une réserve comme celle de St Cassien entre EDF, SCP et les autres acteurs est un problème complexe comme le montre ce document sur la gestion du lac de Serre Ponçon. Il s'agit de concilier les prélèvements d'EDF pour la production d'électricité, et de SCP pour l'alimentation en eau potable et l'agriculture, annuellement, en période de pointe, et les niveaux requis par les activités de loisir et touristiques ainsi pour la pêche.
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